18Sep

Francis Dionne et Patrice Bourgeois, cofondateurs — Stratégies FD&PB

On parle beaucoup de la relève d’entreprise en chiffres : valeur à transférer, structure fiscale, financement disponible. On parle rarement de ce qui se passe concrètement dans le bureau, les premiers mois, quand le fondateur et l’acquéreur doivent cohabiter avant que la transition soit complète.

Ce que les chiffres de la relève ne montrent pas

Une enveloppe de 500 millions de dollars a été annoncée en juin 2026 pour soutenir la relève d’entreprise, à un moment où environ 16 000 dirigeants québécois envisagent de vendre ou de transférer leur entreprise. Au Bas-Saint-Laurent, les Fonds régionaux FTQ ont investi 13,8 millions de dollars dans 15 entreprises en 2025-2026, dont plus de 65 % en repreneuriat. Ces chiffres racontent une chose : l’argent et les structures existent. Ils ne racontent pas ce qui fait échouer une transition malgré un financement en place.

La cohabitation, la vraie difficulté

Dans les mois qui suivent une entente de transfert, le fondateur reste souvent présent — parfois par nécessité contractuelle, parfois parce que l’acquéreur a besoin de son expertise. Cette cohabitation est rarement encadrée avec la même rigueur que l’entente financière. Qui tranche quand les deux ne s’entendent pas? Jusqu’où va le rôle du fondateur après la signature? Ce sont des questions humaines, pas juridiques — et elles déterminent souvent si la transition se passe bien ou mal, bien plus que le prix payé.

Ce qui doit être clarifié avant la signature

Sur le plan opérationnel, une relève réussie exige que les processus clés ne reposent pas uniquement dans la tête du fondateur. Un acquéreur qui hérite d’une entreprise sans documentation claire des façons de faire hérite aussi d’une dépendance permanente à la personne qu’il vient de racheter — l’inverse de ce qu’il cherchait à accomplir.

Un mandat manqué par manque de structure, pas de bonne volonté

La majorité des transitions qui tournent mal ne le font pas par manque d’intention des deux parties. Elles le font parce que personne n’a structuré la cohabitation, clarifié les rôles, ou documenté ce qui doit être transféré au-delà des chiffres. C’est un accompagnement distinct du financement — et c’est souvent celui qui fait la différence entre une relève réussie et une relève qui traîne en longueur.

SOURCES

  • Gestion, HEC Montréal, vol. 51 n°3, automne 2026 — « Transfert d’entreprise : le défi humain du duo fondateur-acquéreur » (Nadia Boucher et Simon Grenier)
  • Annonce gouvernementale du 18 juin 2026 concernant le financement de la relève d’entreprise
  • Fonds régionaux FTQ, investissements au Bas-Saint-Laurent, 2025-2026