Patrice Bourgeois, cofondateur — Performe OPS, Stratégies FD&PB
C’est une question simple, mais qui met souvent les dirigeants de PME mal à l’aise : savez-vous précisément ce que vous coûte un mandat, un contrat ou une unité produite? Selon la Banque de développement du Canada (BDC), établir ses coûts est un exercice spécialisé, distinct de la tenue de livres courante — et plusieurs entreprises ne le font pas de façon adéquate, même lorsqu’elles comptent un comptable professionnel agréé dans leur équipe, faute de temps ou d’expertise consacrée à cet exercice précis.
Pourquoi le chiffre d’affaires ment
Une entreprise peut voir ses ventes grimper d’année en année sans que sa rentabilité suive la même courbe. Une croissance qui ne se traduit pas en marge cache généralement un coût de revient mal compris — des heures non facturées, des ressources sous-évaluées, ou un mandat qui coûte plus cher à livrer que ce qu’il rapporte.
Ce que montrent les études sur un mauvais calcul de départ
L’Ordre des CPA du Québec rappelle que des études ont démontré qu’une estimation inadéquate du coût de revient dès la phase de conception d’un produit ou d’un service se traduit par des coûts plus élevés et nuit aux échéanciers de production ou de prestation. Autrement dit, le problème ne se limite pas à mal fixer un prix après coup — il commence souvent avant même que le mandat ne débute.
Trois ingrédients d’un coût de revient simple
Pas besoin d’un système de gestion intégré pour commencer. Les guides de gestion financière destinés aux PME, dont ceux de la BDC, ramènent généralement l’exercice à trois éléments de base :
- Le temps réel investi par mandat — pas le temps prévu, le temps réel, incluant les retours et les corrections.
- Le coût horaire chargé de chaque ressource impliquée, pas seulement le salaire de base.
- Les frais indirects qui se rattachent à ce type de mandat — logiciels, déplacements, supervision.
Ce calcul, fait une seule fois sur un échantillon de mandats représentatifs, permet souvent de révéler des écarts importants entre ce qu’on pensait rentable et ce qui l’est vraiment.
Un signal à surveiller : la double saisie
Une question complémentaire, souvent révélatrice : quelle information ressaisissez-vous plus d’une fois, et par combien de personnes? Chaque ressaisie représente du temps qui ne figure dans aucun calcul de coût de revient tant qu’il n’est pas nommé — mais qui demeure bel et bien du temps payé.
Ce que ça permet de faire ensuite
Une fois le coût de revient mieux connu, les décisions de tarification reposent sur des chiffres plutôt que sur une impression. C’est souvent le point de départ le plus concret d’une démarche d’analyse d’affaires : pas un grand chantier de transformation, mais une réponse chiffrée à une question que tout dirigeant se pose, sans toujours avoir les moyens d’y répondre seul.
SOURCES
- Banque de développement du Canada (BDC), « Comprendre les coûts de l’entreprise avant de décider »
- Ordre des CPA du Québec, « Coût de revient : trois méthodes couramment utilisées par les organisations », citant Huang et al. (2012)
- Banque de développement du Canada (BDC), « Comment établir les bons prix pour vos produits et services »

