18Sep

Francis Dionne et Patrice Bourgeois, cofondateurs — Stratégies FD&PB

On associe presque toujours une bonne ambiance d’équipe à une bonne performance. C’est un raccourci naturel — et il est parfois faux. Une équipe qui s’entend trop bien peut aussi être une équipe qui a cessé de se remettre en question.

Le confort du consensus

Quand tout le monde s’entend rapidement en réunion, on a tendance à y voir un signe de santé organisationnelle. Mais un accord trop rapide cache parfois autre chose : la peur de déranger, l’habitude de laisser la même personne trancher, ou simplement la fatigue de débattre. Ce confort a un prix silencieux — les angles morts s’accumulent sans que personne ne les nomme.

L’angle mort qui coûte cher

Le même phénomène se joue dans les décisions opérationnelles. Un processus jamais contesté parce que « ça a toujours fonctionné comme ça » finit par accumuler des inefficacités que personne ne remet en question — jusqu’à ce qu’un nouveau venu, moins habitué au consensus ambiant, pose la question évidente que tout le monde évitait.

L’inconfort utile, distinct du conflit toxique

Il y a une différence claire entre la friction qui fait avancer une équipe et le conflit qui la mine. La première repose sur la confiance : on peut contester une idée sans attaquer la personne qui la porte. La seconde repose sur l’accumulation de frustrations jamais nommées. Une équipe performante n’est pas une équipe sans tension — c’est une équipe qui sait quoi faire de la tension quand elle apparaît.

Comment introduire un peu de friction, sans casser l’équipe

  • Nommer explicitement, en réunion, qu’on cherche le désaccord avant de chercher le consensus.
  • Désigner à tour de rôle une personne responsable de poser la question inconfortable.
  • Séparer le moment de génération d’idées du moment de décision, pour éviter que la première voix qui parle devienne automatiquement la décision finale.

Ce ne sont pas des recettes miracles — mais elles ouvrent un espace où la vraie performance d’équipe peut se voir, plutôt que de rester cachée derrière une bonne ambiance de façade.

SOURCES

  • Gestion, HEC Montréal, vol. 51 n°3, automne 2026 — « Votre équipe est-elle vraiment performante? » (Jean-François Harvey)
  • Gestion, HEC Montréal, vol. 51 n°3, automne 2026 — « Éloge de la friction »
  • Gestion, HEC Montréal, vol. 51 n°3, automne 2026 — « Le mot du directeur — L’inconfort nécessaire » (Eloi Lafontaine Beaumier)
Étiquettes : ,