05Juil

Difficile d’ouvrir LinkedIn ou un journal d’affaires sans tomber sur l’intelligence artificielle. Pour beaucoup de dirigeants de PME, ça crée une drôle de pression : l’impression d’être en retard, de manquer le train, de devoir « faire quelque chose avec l’IA » au plus vite. Pourtant, sur le terrain, le portrait est bien différent.

Selon l’Institut de la statistique du Québec, à peine 12,7 % des entreprises québécoises ont utilisé des applications d’IA à des fins de production au cours de l’année précédant le deuxième trimestre de 2025. Autrement dit, la grande majorité des PME n’en tirent encore aucune valeur concrète. Et quand on cherche pourquoi, on tombe rarement sur la raison qu’on croyait.

 

Le problème n’est presque jamais technologique

On imagine souvent que le frein à l’IA, c’est le budget, le manque d’expertise pointue ou l’accès aux bons outils. Dans les faits, ce qui bloque n’est presque jamais la technologie elle-même. Ce qui manque se trouve en amont : des données fiables et des processus assez clairs pour qu’un outil, aussi puissant soit-il, ait quelque chose de solide sur quoi s’appuyer.

C’est un constat qu’on fait régulièrement en accompagnement. L’outil existe, il est accessible, parfois même déjà payé dans une licence que l’entreprise possède. Ce qui manque, c’est en amont : des processus clairs, des données fiables et une idée précise du problème qu’on cherche réellement à régler.

Une PME qui n’a pas standardisé sa façon de prendre une commande, de suivre un projet ou de facturer ne réglera rien en y greffant de l’IA. Elle ne fera qu’accélérer le désordre — avec, en prime, une fausse impression de modernité.


Automatiser le chaos, c’est obtenir du chaos plus vite

C’est probablement l’idée la plus utile à retenir. Une automatisation, quelle qu’elle soit, ne corrige pas un processus : elle l’exécute plus rapidement, encore et encore, sans poser de questions.

Si vos données d’inventaire sont approximatives, une prévision « intelligente » sera approximative elle aussi — mais vous aurez maintenant tendance à lui faire confiance. Si deux employés enregistrent la même information de deux façons différentes, aucun tableau de bord ne vous donnera l’heure juste. La technologie amplifie ce qui existe déjà. Quand les fondations sont solides, elle décuple la performance. Quand elles sont bancales, elle décuple les erreurs.

Par où commencer, pour vrai

La bonne nouvelle, c’est que la séquence est simple — même si elle demande de la discipline.

Clarifiez d’abord l’irritant. Pas « comment utiliser l’IA », mais « où perd-on du temps, de l’argent ou de la qualité, chaque semaine ? ». La saisie en double, les suivis qui se perdent, les rapports montés à la main pendant des heures : c’est là que se cachent les vrais gains. Quand on part du problème plutôt que de l’outil, on prend rarement de mauvaises décisions.

Fiabilisez ensuite vos données et vos processus. Avant d’automatiser une étape, il faut qu’elle soit définie, comprise et exécutée de la même manière par tout le monde. Cette étape n’a rien de glamour, mais c’est elle qui fait toute la différence entre un projet qui livre et un projet qui s’enlise.

Commencez petit, sur un cas concret. Inutile de transformer toute l’entreprise d’un coup. Un processus, un irritant bien ciblé, un résultat mesurable. Une réussite tangible vaut mille intentions, et elle crée l’élan — et la confiance de l’équipe — pour la suite.

La structure avant la technologie

L’intelligence artificielle est un formidable levier, et les PME qui sauront s’en servir prendront une vraie avance. Mais ce levier a besoin d’un point d’appui solide. Ce point d’appui, ce sont vos processus et vos données — pas le dernier outil à la mode.

Avant de vous demander quelle technologie adopter, posez-vous la vraie question : est-ce que mes fondations sont prêtes à la soutenir ? C’est exactement ce travail de clarté et de structure que nous faisons avec les dirigeants : remettre de l’ordre dans les opérations pour que, le jour venu, la technologie devienne un accélérateur plutôt qu’un amplificateur de problèmes.

 

Sources
Institut de la statistique du Québec, Adoption et utilisation de l’intelligence artificielle par les entreprises au Québec en 2024 et en 2025. Portrait exploratoire, novembre 2025.

Lien : https://statistique.quebec.ca/fr/produit/publication/adoption-et-utilisation-intelligence-artificielle-entreprises-au-quebec-2024-2025